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Pendant des siècles, Fès a été le creuset de l'art traditionnel marocain. Nous devons la préservation exceptionnelle des techniques décoratives mauresques à sa Médina, source d'inspiration pour les artistes, ainsi qu'à d'autres villes ayant un riche passé telles que Marrakech et Rabat.
En traversant la Talaâ Kébira, la grande colline de Fès-El Bali, avec son atmosphère pittoresque chargée de l'arôme des épices, du cuir, du cèdre et du thé, on accède au coeur de la ville. C'est le marché des cuirs que l'on atteint en premier, avec quantités de peaux stockées avant teinture. Près d'ici le spectacle des vendeurs de chaussures est frappant, avec leurs babouches bleus gris. Plus loin, la kissaria expose son marché étonnant de broderies et de soies. Les ceintures couvertes de soies dorées et argentées tiennent à la fois de la tradition maure et d'inspiration Levantine. Les broderies de soie bleu nuit, quant à elles, trouvent leurs origines dans l'Asie Mineure et les Balkans.
Le marché des Néjjarine regroupe les menuisiers. Ils fabriquent des tables basses finement sculptées, des coffres et des placards, avec des motifs classiques, de palmes de couronnes, mélangés à des éléments d'origines perse tels que les oeillets et les tulipes. La place Es-Saffarine est le centre des cuivres, où les plateaux finement gravés et les chaudrons, utilisés les jours de fête, sont empilés les uns sur les autres. A partir du marché des teinturiers, avec des claires étoffes de laine, de soie et de coton, on peut accéder au marché des tanneurs que l'on pressent de loin à cause des senteurs fortes émanant de ses bacs de safran, de rouge et d'indigo. Dans le quartier andalou, le marché des poteries se distingue par sa grande cheminée. Bien que le secret des réflections métalliques soit perdue à jamais, les potiers continuent d'utiliser les fameuses couleurs bleu, marron, vert et jaune citron et restent fidèles aux anciennes décorations. Le plâtre continue également à être travaillé : sculpté, il est utilisé en maçonnerie; taillé en carrée d'argile émaillé, il est disposé en panneaux, sur les alcôves et dans les bassins. Les plus souvent, les bejmats, sorte de demi-briques émaillées, couvrent les parterres des patios et des riads. Dans d'autres centres importants tels que Marrakech, l'argile andalou est de nouveau à la mode, et le tedlakt; enduit à base d'oeufs est répandu dans les nouvelles villas d'argile construites par les jeunes architectes marocains. Le zouaq, enduit qui fait briller les travaux en bois, est très prisé. Les plus beaux tapis berbères, avec leurs motifs géométriques et les couleurs sobres des anciennes fabriques, sont tissés dans les régions du Haut et du Moyen Atlas ainsi que dans la région de Marrakech. Les tapis fabriqués dans les ville, notamment à Rabat, sont inspirés des modèles multicolores de l'Asie Mineure. Les fabricants de meubles d'Essaouira, port situé entre Safi et Agadir, utilisent le bois de thuya et le décorent en y incrustant du bois de citronnier, de la nacre, de l'ivoire ou de l'argent. Enfin, le marché des bijoux de Tiznit, au sud, qui est fréquenté par les nomades du désert et par les habitants du bas-Atlas et du Souss, offre un enchantement permanent par l'étalage coloré des costumes traditionnels, et notamment par le beau travail d'orfèvrerie, diadèmes, pendentifs et broches évoquent d'étranges réminiscences des anciens modèles maures. Mais c'est surtout à travers les émaux raffinés que l'on constate que le secret créateur de l'Andalousie médiévale a été précieusement conservé. J.L. SIVADJIAN |