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"Oh, Maroc sombre, reste, bien longtemps encore, muré, impénétrable aux choses nouvelles, tourne bien le dos à l'Europe et mobilise toi dans les choses passées". Heureusement, l'incantation de Pierre Loti (dans "Au Maroc") ne se réalisa jamais. En fait, tout au long de l'histoire, les portes du Maroc ne se sont jamais fermées. Constituant un pont entre les deux continents, entre Musulmans et Chrétiens, entre l'Espagne et le reste de l'Afrique du Nord (la largeur du Détroit de Gibraltar ne dépasse pas 15 Km), le Royaume Alaouite est, avec la Turquie, le pays musulman le plus proche géographiquement de l'Occident.
C'est peut-être dans l'attitude adoptée vis-à-vis des minorités, notamment la minorité juive, que l'esprit de tolérance du Maroc s'est le mieux reflété. En 1492, fuyant l'extermination menée par Isabelle la Catholique, 150.000 juifs espagnols furent accueillis au Maroc, où ils jouirent du statut de "dhimmi" (ou juif protégé). D'autre part, lorsque les autorités de Vichy avaient essayé, durant la dernière guerre, d'imposer l'étoile jaune et d'autres mesures discriminatoires aux juifs marocains, le Roi Mohammed V refusa les demandes des autorités d'occupation. Jamais il ne remit en question l'oussaya, ou le devoir de protéger la minorité juive. Au début des années 50, pendant la guerre d'indépendance de l'Algérie, lorsque les juifs commencèrent à s'inquiéter sur leur avenir, Feu Mohammed V essaya de les rassurer et de ralentir leur départ vers Israël. Par la suite, il l'accepta et dit à ses ministres: Les juifs sont mes enfants, et je les aime. J'ignore les raisons de leur départ, mais si cela se fait, nous le leur pardonnerons". Lorsque le Roi Mohammed V décéda en 1961, ses "enfants" le pleurèrent tout autant que les autres marocains. Sa Majesté le Roi Hassan II, prit alors le flambeau. Il accepta le départ de 200.000 juifs pour Israël, leur permettant de garder leur nationalité marocaine. Il joua même un rôle important dans les rencontres entre les gouvernements arabes et celui de tel Aviv. C'est à Rabat, en 1977, que Moshé Dayan, nouveau secrétaire des affaires étrangères de Bégin, rencontra l'émissaire égyptien du Président Sadate. cette réunion mena plus tard aux accords de Camp David. La visite de remerciements et de courtoisie effectuée au Maroc par Yitzhak Rabin et Shimon Pérès au lendemain de la signature des accords de Washington, illustre la place qu'occupe le Maroc sur la scène Proche-Orient. En ce qui concerne les Chrétiens, Sa Majesté le Roi Hassan II a accompli un geste qui n'était pas seulement un symbole: il admit à l'Académie Royale un dignitaire du Vatican, Monseigneur Norbert Calmels, et après sa mort, le Cardinal africain Bernardin Gantin. Aujourd'hui, le clergé catholique, quoique réduit, est non seulement libre d'exercer son culte, mais est également rétribué par les pouvoirs publics. Cependant, l'initiative la plus spectaculaire -une première dans le monde arabo-musulman- a été l'invitation adressée au pape Jean-Paul II à venir visiter le Maroc. Ainsi, le 19 août 1985, au stade de Casablanca, le chef de la chrétienté s'adressa à 80.000 jeunes marocains disant: "Chrétiens et Musulmans ont beaucoup de choses en commun, en tant que croyants et en tant qu'hommes...dans le passé, nous nous sommes mal compris, nous nous sommes souvent opposés, et nous avons dépensés beaucoup trop d'énergie dans des querelles et dans des guerres. Je crois au fait que Dieu nous pousse aujourd'hui à changer nos vieilles méthodes". Sa Majesté le Roi Hassan II cite souvent cette sourate du Coran (l'Araignée): "N'engagez des controverses avec les hommes des Ecritures que de la manière la plus honnête, à moins que ce soient des hommes méchants. Dites: Nous croyons aux livres qui nous ont été envoyés, ainsi qu'à ceux qui vous ont été envoyés. Notre Dieu et le votre est un. Nous nous résignons entièrement à sa volonté". JEAN-YVES BOULIC |