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Salam Alecum !
Les sables sont parfois mouvants quand on se lance à la découverte de ce royaume marocain. Les occasions sont nombreuses où après avoir mesurer l'inconnu, nous nous murmurions "Inch Allah!". A elle toute seule, cette injonction suffit à traduire le sentiment dépaysant, de s'en remettre à l'inattendu et à l'aventure qui planent ici. En quelques sortes, un grenier plein de surprises et d'étonnement... une caverne d'Ali Baba.
Rencontre d'enfants nomades au sommet d'une dune dorée aux portes du désert sous le lever de lune
Traversée d'oueds en crue avec de jeunes berbères
Transit dans les camionettes surchargées au son de la musique arabe
Repas de méchoui dans l'arrière boutique d'une ferronnerie
Des histoires vécues pleine d'enseignements sur un pays aux traditions bien ancrées...
Des images plein la tête. Un Pays qui vous surprendra... soyez sur vos gardes!
Nous vous souhaitons de vivre cette aventure... à une encablure d'avion
Atlas
Alors que nous avions décidé de partir sur les chemins du Toubkhal, Renseignements pris auprès d'un jeune vrai guide sèrieux, contre toute attente nous voilà parti sans assurance, sauf sa parole dans un pays perdu à 8h de grand taxi de Marrakech. Le voyage parraissait long tant qu'on ne connaissait pas la destination, inconnue dans les guides que nous avions emmené. Et là-bas, qu'est qui nous attendait.
C'est vrai que ce jeune guide que nous avions pris avec nous semblait de bonne foi. Mais sur quoi nous basions nous ? ... Valérie avait vu l'honnêteté dans ses yeux !!! Tandis que moi, j'en étais resté au bout d'attestation de réussite au concours de guide de montage... en arabe!!! Nous voilà bien avancé !
A l'arrivée, au bout d'une longue route succède une piste qui se rétrécit finalement en petit chemin. Nous découvrons un bout du monde que nous ne soupçonnions pas. Et toujours tout seul.
Laissons là nos repères d'occidentaux. Et quelle étrange sentiment d'avoir une nouvelle peau et d'être tout étranger dans ce décor minéral aux maisons de terre et aux habitants accueillants et curieux de vous connaître... un monde radicalement différent qui transforme notre regard.
Nous passons 3 jours à parcourir les flancs et les crêtes de ses montagnes désolées et les fonds de vallée grouillant de canaux d'irrigation, de femmes travaillant dans les champs. Les centres d'intérêt sont multiples : grenier-sanctuaire, kasbahs monumentales, traces de dinosaures fossilisées, traditions et vie berbères, caractéristiques naturelles. Des promenades faciles ou randonnées plus difficiles vous attendent dans le Haut Atlas Central, selon le niveau recherché. Vous pourrez partir à la découverte des villages aux kasbahs monumentales, du grenier-sanctuaire perché au sommet d'une motte résiduelle, des plaines irriguées, des oueds, des paysages ocres... le tout pimenté de soirées et repas dans d'humbles petites auberges au coeur des traditions et de la vie berbère.
Anti Atlas
Pour ne pas en rester là, nous décidons d'enchaîner, après une pause à Marrakech, vers la Vallée du Dadès. Bus jusqu'à Ouarzazatte puis grand taxi jusqu'à Kella M'Gouna. Sous une pluie d'orage, nous cherchons avec notre guide débrouillard, des copains à lui, muletiers.
Personne! Tanpis, nous commençons nos courses pour la rando d'une semaine qui nous attend. Le mouton à l'étalage, les fruits et légumes sous une tente de fortune faite de sacs d'engrais cousus, le pain, l'épicerie... le compte est bon. Nous n'oublions pas les 2 pyramides de sucres pour le thé à la menthe. On finit par trouver nos muletiers, à peine rentré d'une expédition dans le M'goun.
Après une soirée d'accueil et un bon repas, les yeux s'endorment fixés sur les étoiles étincellantes au dessus de ce massif qui paraît si calme et pourtant aux pierres rouges torturées par le soleil.
Le réveil sonne à 7h. Thé à la menthe, tartine, confiture et vache qui rit nous donnerons les forces du matin. Les mules sont chargées, c'est l'heure du départ. Les dernières crues ont emporté le plus proche pont de fortune qu'avaient construit les habitants. Nous nous rallongerons un peu mais parviendront de l'autre côté du Dadès. Les mules, muletiers, le guide et nous qui suivons, sommes l'attraction des enfants dans les derniers faubourgs du bord du fleuve où trônent toujours fièrement quelques kasbahs millénaires...
Nous quittons bientôt la vallée pour pénétrer dans un univers intriguant de pierres éruptives rouges et noires au soleil... un air de planète Mars... une végétation rabougrise et rare... un décor de désert minéral où nous ne serions pas surpris de trouver quelques crânes de bétail. Le midi, nous trouvons l'ombre d'un figuier pour déjeuner. Quelques hommes vivent ici de petit élevage et de cultures (figues, grenades, amandes). Nous repartons après le zénith jusqu'au soir. Nous plantons la tente berbère dans le grand vent du soir. Thé à la menthe et repas typique annonce une agréable veillée au coin d'un feu. Le froid tombe vite et nous presse à aller nous coucher.
La randonnée sera ponctuée toute la semaine par la découverte de petits jardins ombragés à côté de puits, de petits villages, de Kasbahs isolées au fond des gorges, de rencontres de villageois, agriculteurs, femmes au travail pilant les figues... Les paysages changent, s'adoucissent et laisse peu à peu place à des succession colorées de couches géologiques, un peu comme le Grand Canyon avec quelques buttes témoins tel qu'à Monument Valley. Un spectacle vraiment attrayant. L'usure des pieds nous pousse à tenter de monter à dos de mules. Nos 2 mules portent déjà de lourdes charges (120kg) chacune et elles devront nous supporter encore en plus, chacun notre tour. Saïd a bien eu raison de nous en faire prendre 2 car il est vrai que ça dépanne bien. En revanche, on ne se vantera pas des coups de froid stupides pris par imprudence. Le but est atteint : le Bab'n Ali, butte témoin impressionnante par sa verticalité et son maintien dans un environnement en complète dissécation. Les alentours sont une véritable mine de fossiles (poissons, crustacés..). Nous terminons la rando par une montée sur un plateau d'altitude complètement désertique : une vaste étendue plane de gros cailloux noirs et au milieu une piste qui serpente.
Nous approchons de la route du Sud Marocain (Zagora-Tamassrine-Erfoud) et devinons les minarets au loin. Sans y parvenir tout à fait le soir, nous plantons la tente à 10km dans un petit hameau agricole. Le retour de l'école nous envoit son petit cortège d'enfants intrigués et interrogateurs : pas de bonbons, pas de stylos ! qu'ils demandent toujours. Nous profitons des dernières lueurs du jour pour aller faire un brin de toilette à l'oued tout proche. Alors commence une dernière belle soirée avec Hoursine et Saïd 2, nos muletiers qui rentrent chez eux demain, alors que nous continons vers Rissani et Merzouga.
Qu'il est agréable de pouvoir aussi parler entre nous de tous les sujets, de leur condition, de leur roi, de leurs difficultés et de leurs espoirs. Ainsi apprenons nous à mieux nous connaître. Le lendemain, après avoir pris le petit dej et démonter les tentes (cuisine et berbère) nous quittons nos muletiers et trouvons une auto pour nous emmener jusqu'au centre de Nekob. Pour aller jusqu'à Rissani, nous empruntons 3 taxis que Saïd, notre guide, arrive à négocier au prix normal.
Portes du Désert
A notre arrivée à Rissani, ville alaouite, nous découvrons une ville pleine de charme. Une belle porte d'entrée monumentale, souk avec beaucoup d'artisanat et une vie très animée. Renseignements pris, Saïd nous trouve un resto "méchoui" au fond d'un étroit couloir entre deux ferroneries. Un régal.
Ce soir, après plusieurs nuits à la dure, nous optons pour une chambre bien douillette dans un 4*. Et Saïd dort avec nous. Il faut savoir que la plupart du temps, les guides sont logés par les auberges ou les hôtels, simple récompense d'avoir emmené des clients. Ils sont alors installés sur la terrasse, à même le sol. Au contraire, nous optons que Saïd puisse avoir le même traitement que nous... chambres pour tous le monde. La piscine et la douche se font agréables après tous ces jours. Saïd étant adepte des hammams ou des toilettes froides dans le lavabo, il se trouve bien surpris quand l'eau chaude le brûle sous la douche. Le plaisir du voyage, c'est d'avancer mais aussi de faire avancer les autres. Et nous avouons que ce fût un moment inoubliable.
Après une excursion et un copieux repas de soupe à Rissani, nous finissons à l'hôtel par le traditionnel thé à la menthe que nous prenons avec le réceptioniste, avec qui nous discutons des problèmes du chômage au Maroc. Il est le seul garçon de la famille et doit travailler pour nourir toute sa famille. Ses soeurs ne travaillent pas, elles attendent le mariage.
Le lendemain, nous nous levons de bonne heure. Petit dej, écriture, bouclage des sacs et direction Rissani pour trouver une vielle camionette qui nous emmène à une auberge au pied de l'Erg Chebbi, conseillée par le réceptionniste, originaire de Merzouga. On en trouve une et nous serons 22 pour ce trajet sur piste en tôle ondulée d'une trentaine de km, 1h30. La joie d'un bain de poussière d'où nous ressortons tout gris de la tête aux pieds. Notre arrivée à l'auberge Essalama avait été annoncée... le téléphone arabe ! Le réceptionniste de l'hôtel nous l'avait conseillé pour son caractère typique. Elle a été créée par les villageois de Merzouga et est tenue par des jeunes . Nous y trouvons un accueil simple et une comédie croustillante au lever et coucher de soleil lorsque les hordes de 4x4 de touristes pressés viennent prendre leur photos. C'est là que nos jeunes hôtes se parent de la tunique bleue et de leur chech pour aller déambuler dans les dunes à dos de chameau. Nous, nous montons tout au sommet des dunes pour découvrir toute la puissance de ce petit massif dunaire déjà bien impressionnant. Une rencontre bien impromptue avec une fraterie d'enfants berbères constituera le temps fort de cet épisode. La présence de Saïd, notre guide, nous aura là encore bien faciliter le contact avec eux. Nous engageons ainsi la discussion avec eux, ils nous parlent de leur vie nomade, de leur adaptation au désert, de leur nourriture et de la joie d'être libre et pauvre plutôt que riche et en ville.... une rencontre du Petit Prince de St Ex.
Le retour de cette contrée éloignée sera express. Et oui, il en fallait un qui soit malade en plein désert. On organise donc un rapatriment rapide en affrétant un grand taxi pour Ouarzazatte (400km pour 800dh soit 500FF), du luxe mais bien pratique. Le taxi sortant de sa zone autorisée n'a pas le droit de reprendre de clients au retour, ,il reviendra donc seul. On lui paye donc l'équivalent d'un aller-retour. On trouve les médicaments qu'on ne pouvait pas trouver dans le désert et l'effet se fait vite sentir. Heureusement ! On ne reste pas à Ouarzazatte et rentrons sur Marrakech pour finir notre séjour à Essaouira sur les bords de l'Atlantique.
Environs d'Essaouira
On arrive le soir à Essaouira. On nous avait prévenu que la côte atlantique était fraîche. On l'a trouvé plutôt douce. On trouve un petit hôtel trop propre... la cité est touristique et ça se sent. En effet, elle est magnifique et bariolée entre ces fortifications, ses maisons blanches, son port et la ville qui gravite tout autour, ses quartiers ouvriers. Il y règne une activité permanente : le port avec l'arrivage des bateaux, les stands de grillades de poissons et crustacés sur la ballade du port, les nombreux restaurants...
Pour l'amateur de promenade, il peut se pratiquer petites et grandes, dans la ville et sur les longues plages. Nous nous aventurons jusqu'à Diabat, petit village au bout de la plage d'Essaouira, de l'autre côté de l'Oued que nous traversons à pied. Ce village est connu pour sa légende hippie. Jimmy Hendrix et Cat Stevens y ont séjourné, ce qui rend le lieu emblématique et attire toujours quelques touristes.
Là, une rencontre avec Aziz, un pêcheur au grand coeur et malade suite à une opération chirurgicale qui a mal tourné pour lui... pauvre pêcheur sans grand intérêt dans un pays où tout est caution à back-chiche. Nous nous lançons le lendemain avec lui dans une grande ballade sur le littoral en passant par le Cap Sim jusqu'à Sidi Kaoki. Nous croisons des villages de pêcheurs saisonniers, déserté à cette saison, un port de pêche avec quelques abris troglodytes à l'approche de Sidi Kaoki. La pause de midi nous donnera l'occasion de nous baigner sans trop nous éloigner à cause des forts courants. Tajine et thé à la menthe cuisent sur le feu à notre sortie du bain. Un régal et des paysages magnifiques. Il nous propose de nous emmener faire 3 jours de ballades et d'assister à une pêche au filet du bord de la plage... une bonne raison de revenir une prochaine fois.
Le peuple berbère est véritablement hospitalier et accessible. Il demande qu'on soit curieux de lui et d'une aide réciproque. La réussite d'une rencontre tient au simple fait qu'on ne complique pas la relation mais que l'on soit accessible, que l'on n'ai pas un planing où tout est cadré et où on laisse venir et accueille le hasard des rencontres sans être trop naïf non plus... toute une suptilité ! En fait, il faut rendre sa peau perméable à cette mentalité qui nous est étrangère et ainsi devenir un peu berbère pour apprécier complètement et rendre l'échange possible.
Inch Allah !!!
Fx Le Corre |